Premier jour de stage. Tu arrives, blouse pliée dans le sac, badge à moitié de travers, et tu te demandes déjà si tu vas tenir trois mois ici. C’est normal. Ce qui l’est moins, c’est de répéter dix fois les mêmes maladresses sans jamais comprendre pourquoi l’équipe te regarde de travers.

Cet article ne donnera pas de leçons. Il liste juste dix erreurs très concrètes qu’on a tous commises au moins une fois en stage. Soit parce que personne ne nous les avait pointées. Soit parce qu’on s’est dit « ça passera ». Spoiler : ça passe rarement.

1. Sous-estimer les premières heures

C’est là que tout se joue. Pas la première semaine, pas le premier mois : les trois premières heures. L’équipe se fait une opinion en regardant comment tu poses ton sac, comment tu dis bonjour, si tu fixes ton téléphone ou les patients dans la salle d’attente.

Erreur n°1. Arriver pile à l’heure (ou en retard)

Pile à l’heure dans un service hospitalier, c’est en retard. Vise 15 minutes d’avance le premier jour, le temps de trouver le vestiaire, la salle de staff, et de saluer l’IDE responsable. Personne ne te le reprochera, beaucoup le remarqueront.

Erreur n°2. Ne pas connaître les noms

Au bout d’une semaine, tu dois savoir prénom et fonction de chaque membre de l’équipe : IDE, AS, secrétaire, kinés, internes, chefs. Non, ce n’est pas grave d’oublier une fois. C’est grave de ne jamais essayer. Un service où on t’appelle par ton prénom est un service où tu progresseras.

2. Confondre humilité et invisibilité

L’externe qui se tait pour ne pas déranger devient vite un externe qu’on oublie de former. Et un externe qu’on oublie passe ses journées à recopier des observations sans rien comprendre.

Erreur n°3. Ne jamais demander à voir un geste

Pose une biopsie, une ponction lombaire, un drain, une intubation. Demande à regarder. Au pire, on te dit non. Mais 80 % du temps, l’interne ou le chef sera content qu’un externe s’intéresse, et la prochaine fois, c’est toi qui tiendras le matériel.

Erreur n°4. Cacher ce qu’on ne sait pas

Dire « je ne sais pas » en stage, c’est un signe de maturité, pas de faiblesse. Inventer une réponse devant un chef, c’est la garantie qu’il ne te demandera plus jamais ton avis. Préfère un honnête « je ne suis pas sûr, je vais vérifier et je reviens vers vous », puis reviens vraiment.

3. Mal gérer le rapport au patient

C’est le piège classique du DFASM 1 : tellement focalisé sur la maladie qu’on en oublie la personne qui la porte. Et la personne, elle, le sent immédiatement.

Erreur n°5. Examiner sans expliquer

Tu poses un stéthoscope sur un thorax sans rien dire ? Pour le patient, c’est intrusif. Annonce systématiquement : « Je vais écouter votre cœur et vos poumons, vous allez sentir un peu de froid, ça prend deux minutes. » Trois secondes de plus qui changent tout.

Erreur n°6. Discuter d’un patient devant lui (même endormi)

Les patients sédatés entendent. Les patients démentifiés enregistrent. Aucun commentaire technique ne se dit dans la chambre. Tout passe en couloir, à voix basse, après avoir fermé la porte. Ça paraît évident écrit comme ça. En pratique, c’est l’erreur la plus répétée du semestre.

4. Sous-estimer la traçabilité

Une observation mal écrite, c’est un patient mal soigné, et un externe mal noté. Les chefs lisent vos comptes-rendus. Tous. Même quand vous pensez que personne ne le fera.

Erreur n°7. Recopier sans comprendre

L’observation d’entrée est l’exercice le plus formateur du stage. Ne recopie jamais celle de l’interne sans avoir refait l’examen toi-même, sans avoir relu le dossier, sans avoir reformulé l’anamnèse avec tes propres mots. Si ton observation est juste un copier-coller, tu apprends zéro.

Erreur n°8. Oublier de signer ou d’horodater

Tout acte médical est juridiquement traçable. Une transmission, une prescription antibiotique vue avec l’interne, un soin infirmier observé : horodate, signe, précise ton statut « externe DFASM 2 ». Ça paraît bureaucratique. C’est ce qui te protègera dans 100 % des cas litigieux.

5. Oublier que le stage compte aussi pour l’EDN

Beaucoup d’externes opposent stage et révisions, comme si c’étaient deux blocs incompatibles. Sauf que les meilleurs étudiants en EDN sont aussi ceux qui ont vu le plus de patients. Parce qu’un cas vu reste mémorisé dix fois plus longtemps qu’un cas lu.

Erreur n°9. Ne pas tenir un carnet de stage

Un carnet papier ou une note sur ton téléphone : un cas par jour, deux lignes maximum. Madame X, 67 ans, dyspnée chronique, OAP sur cardiopathie ischémique. Diurétiques IV, oxygène. Améliorée à H+6. En fin de semestre, tu auras un corpus de soixante vraies vignettes cliniques. Plus formateur que n’importe quelle annale.

Erreur n°10. Laisser tomber les podcasts ou les fiches en semaine lourde

C’est en stage qu’on oublie le programme. Et c’est en stage qu’il est le plus efficace de l’écouter. 30 minutes de podcast en allant à l’hôpital, une fiche relue le soir : c’est l’équivalent d’une après-midi entière de révisions passive, sans perte de week-end. Le piège, c’est de se dire « je rattraperai plus tard ». Plus tard n’arrive jamais.

En résumé

L’externat, c’est un double exercice : valider l’EDN et apprendre à se comporter comme un futur médecin. Les chefs qui te formeront pour de vrai sont ceux qui t’auront vu arriver à l’heure, écouter avant de parler, oser dire que tu ne sais pas, et noter ce que tu vois.

Tout le reste est de l’optimisation. On en parlera dans les prochains articles.


Pour aller plus loin. Si tu veux structurer tes révisions en stage sans y passer cinq heures par soir, L’Oreille Externe propose des podcasts de 8 à 15 minutes calés sur les 367 items du programme. Idéal pour le trajet domicile-hôpital.